2001... Odyssée du capitalisme?
2001-05-01
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Editorial
Alors que le processus de la soi-disant globalisation — qui nâest rien dâautre que lâachĂšvement de lâouverture du marchĂ© du capital Ă lâensemble de la planĂšte ainsi que celui de la force de travail pour placer la production lĂ oĂč le maximum de profits pourra ĂȘtre arrachĂ© — avance inexorablement, notre classe continue Ă subir, au niveau international et Ă de rares exceptions prĂšs, sans aucune rĂ©action notable, suffisamment significative, les effets dâune nouvelle phase dans les rapports entre classes.
La lutte des classes est trĂšs aiguĂ«, mais câest la bourgeoisie qui est toujours Ă lâattaque. Le XXiĂšme siĂšcle sâest achevĂ©e sans que la pĂ©riode historique de contre-rĂ©volution — ouverte Ă la fin des annĂ©es ‘20 — nâait pu ĂȘtre inversĂ©e!
Lâimplosion de lâempire soviĂ©tique, il y a 12 ans, a entraĂźnĂ© la fin de lâillusion tragique qui avait rassemblĂ© les masses ouvriĂšres derriĂšre les partis prĂ©tendument âcommunistesâ. Cette illusion Ă©tait de croire quâen Union SoviĂ©tique câĂ©tait le socialisme qui Ă©tait en place! Aujourdâhui, dâaucuns essayent de faire croire que certaines composantes socialistes survivraient en Chine, Ă Cuba et — pourquoi pas! — dans lâenfer nord-corĂ©en.
Faire croire que URSS Ă©tait le paradis des ouvriers, ou tout au moins une sociĂ©tĂ© plus acceptable pour eux, cela nâĂ©tait quâune monstrueuse falsification historique contre laquelle les internationalistes de la Gauche Communiste se sont toujours battus mĂȘme lorsquâils Ă©taient isolĂ©s et pourchassĂ©s par les sbires du stalinisme.
La dĂ©sillusion a durement touchĂ© les masses prolĂ©tariennes, elle a Ă©tĂ© renforcĂ©e par la campagne bourgeoise qui a consistĂ© Ă renforcer le mirage de lâexistence en Russie du socialisme voire du communisme. Il fallait Ă©viter de rĂ©tablir la vĂ©ritĂ© sur la rĂ©alitĂ© dâune forme particuliĂšre de capitalisme dâEtat. Cette campagne fut appuyĂ©e vigoureusement quand elle ne fut pas directement menĂ©e par les partis staliniens et leurs satellites trotskistes.
Ce que lâon a voulu faire passer dans les consciences prolĂ©tariennes, câest le concept selon lequel seul le capitalisme, peut rĂ©pondre Ă nos besoins matĂ©riels et correspond aux caractĂ©ristiques de toute sociĂ©tĂ© humaine, que tout combat ne peut se dĂ©rouler quâĂ lâintĂ©rieur de ce cadre, pour lâamĂ©liorer grĂące Ă la dĂ©mocratie, et que toute remise en cause du systĂšme entraĂźne des monstruositĂ©s telles que le stalinisme, appelĂ© communisme. Et si le socialisme avait fait faillite, tous ses prĂ©supposĂ©s idĂ©ologiques avaient fait Ă©galement faillite: exit lâexistence des classes, la lutte des classes, la possibilitĂ© dâen finir avec lâĂ©conomie capitaliste — autrement dit avec lâexploitation, la possibilitĂ© dâune sociĂ©tĂ© oĂč chacun serait libĂ©rĂ© du besoin! Aussi, il ne restait que le capitalisme qui ne pouvait quâĂȘtre le meilleur des mondes possibles…
En rĂ©alitĂ©, il nây avait en Russie quâun authentique capitalisme dâEtat et en aucune maniĂšre une quelconque forme de socialisme total ou partiel. Aussi la chute de lâURSS nâa aucunement invalidĂ© la thĂ©orie socialiste mais, au contraire, en a pleinement confirmĂ© toute son actualitĂ©.
Dâautre part, tandis que la bourgeoisie continue sa campagne de justification et dâauto-dĂ©fense, les Ă©vĂ©nements quotidiens confirment avec clartĂ© que si lâon ne dĂ©passe pas le capitalisme, lâhumanitĂ© court au dĂ©sastre. Câest exactement ce que disait Karl Marx il y a plus de cent cinquante ans en sâexclamant: âOu le socialisme, ou la barbarie!â.
Mais, les horreurs du capitalisme ne sont en rien une nouveautĂ©. Elles ont certes pris de lâampleur et de lâacuitĂ© tout au long du XXiĂšme siĂšcle. Cependant, les catastrophes en tout genre, les soi-disant excĂšs de lâexploitation prolĂ©tarienne ne sont en rien des variantes ou des verrues sur le corps mĂȘme du capital. En fait, câest le capitalisme lui-mĂȘme qui vĂ©hicule son cortĂšge dâignominies en tout genre; et il nâa nul besoin de se parer des dĂ©guisements du fascisme ou de tout autre totalitarisme, la dĂ©mocratie est la forme la plus adaptĂ©e pour la perpĂ©tuation de ses forfaits.
Aujourdâhui, et en particulier en France, on semble surpris quâun capitalisme apparemment florissant puisse se comporter aussi brutalement avec le prolĂ©tariat: autant ĂȘtre surpris de lâexistence du capital lui-mĂȘme!
Evidemment, les bonnes Ăąmes qui se morfondent sur le sort de ces âpauvres ouvriersâ jetĂ©s Ă la rue oublient aisĂ©ment que lâon vit dans un monde oĂč plus de 600 millions dâenfants travaillent — donc sont exploitĂ©s — dans une situation le plus souvent proche ou identique Ă lâesclavage, et cela y compris au cĆur des mĂ©tropoles du capitalisme avancĂ©! Quant Ă la situation du prolĂ©tariat tout autour de la planĂšte, des marins en perdition un peu partout jusquâau mineurs dâAfrique du Sud en passant par les ouvriers chinois qui fabriquent la plupart de ce que consomment les EuropĂ©ens, qui sâen soucie?
Non, si Lu, Marks & Spencer, AOM-Air LibertĂ© — entre autres — doivent fermer en France et dans dâautres pays, ce nâest pas parce quâil y aurait de mauvais gestionnaires, de mĂ©chants capitalistes! Si la planĂšte se dĂ©grade Ă grande vitesse, si les catastrophes ânaturellesâ se multiplient, si la vie devient plus difficile et plus prĂ©caire, ce nâest pas parce que des âmĂ©chantsâ auraient remplacĂ© des âgentilsâ ou quâun Bush a remplacĂ© un Clinton, non, tout cela dĂ©coule de la nature capitaliste de notre sociĂ©tĂ©.
En rĂ©alitĂ©, la loi du profit sâabat tout simplement encore plus pesamment sur le dos des prolĂ©taires. La crise du cycle dâaccumulation et ses dĂ©veloppements poussent les bourgeoisies des mĂ©tropoles avancĂ©es Ă renforcer leurs marchĂ©s et leur monnaie mais, par dessus, Ă lutter fĂ©rocement pour freiner au maximum la chute tendancielle du taux de profit. Les bandes organisĂ©es du capital rivalisent non seulement pour se partager les marchĂ©s Ă lâĂ©chelle du monde mais aussi — et surtout — pour sâapproprier la force de travail la moins coĂ»teuse possible. Mais si les affrontements entre elles semblent, pour lâinstant, mesurĂ©s, les anciens capitaux nationaux se rĂ©organisent en blocs suffisamment forts pour mener Ă bien ces objectifs et, en derniĂšre instance, pour se prĂ©parer Ă lâunique vĂ©ritable solution Ă la crise: la guerre.
A travers les fermetures de Lu, Marks&Spencer, AOM ou autres, les licenciements ailleurs, les catastrophes comme les inondations ou les sĂ©cheresses prolongĂ©es, le capitalisme montre les dommages quâil cause Ă lâhumanitĂ© comme Ă la nature.
Les prolĂ©taires des entreprises qui ferment doivent lutter pour prĂ©server leurs conditions de vie et freiner le rouleau compresseur du capital. De mĂȘme, les employĂ©s des sociĂ©tĂ©s de transport public qui revendiquent la retraite Ă 55 ans montrent la voie pour passer de la simple dĂ©fensive Ă la nĂ©cessaire reprise dâune initiative prolĂ©tarienne. Peu importe que telle ou telle entreprise fasse des profits satisfaisants pour elle ou pas! Que gouvernements et patrons cherchent Ă rĂ©duire les dĂ©penses sociales. Ce que le prolĂ©tariat doit regarder ce sont ses propres intĂ©rĂȘts de classe absolument incompatibles avec ceux du capital quel que soit sa forme!
Les mouvements inter-classistes, les manifestations diverses dâopinion ne seront jamais en mesure de changer le sort de lâhumanitĂ© ni le sort dâune catĂ©gorie de prolĂ©taires bien prĂ©cise.
Seul le prolĂ©tariat est capable de rompre les chaĂźnes du capital. Lui seul peut et doit rompre la chaĂźne du travail salariĂ©, câest uniquement les travailleurs du monde entier qui pourront libĂ©rer lâhumanitĂ© des horreurs du capitalisme et lui ouvrir la perspective dâun futur de bien-ĂȘtre et de progrĂšs social.
Si les capitalistes pensent rĂ©soudre leurs problĂšmes en baissant toujours plus le coĂ»t de la force de travail — le prolĂ©tariat — cela veut dire quâelle est un Ă©lĂ©ment vital pour le capitalisme, cela veut dire quâil survit parce que notre classe le lui permet.
Il est donc plus que temps que le prolétariat, que notre classe se défende: nous ne pouvons plus permettre les licenciements, les réductions de salaires, le fait que des millions de personnes soient jetées dans la misÚre sans que nous ne réagissions.
Mais au delĂ de la simple dĂ©fense, il faut lever le complexe qui empĂȘche notre classe de lutter pour arracher une amĂ©lioration de son sort mĂȘme si elle ne saurait quâĂȘtre conjoncturelle et bien fragile. Câest bien de la reprise de lâinitiative prolĂ©tarienne dont il sâagit maintenant: elle est possible et les internationalistes sâefforceront dây contribuer.
La reprise de lâinitiative prolĂ©tarienne, la reprise de lâaffrontement de classe a une seule alternative: ou elle se limite Ă la dĂ©fense et elle finira par accepter la barbarie croissante du capitalisme, par accepter la dĂ©faite comme on lâavait vu dans les rares Ă©pisodes isolĂ©s de lutte dans ces derniĂšres dĂ©cennies, ou bien elle se dĂ©veloppera en se libĂ©rant de lâemprise des forces de compromis et de trahison que sont les syndicats et les partis qui les soutiennent et en avançant vers lâĂ©mancipation portĂ©e par la rĂ©volution communiste et prolĂ©tarienne.
Câest cette derniĂšre solution que nous voulons soutenir et nous prĂ©parons Ă diffuser dans notre classe, le prolĂ©tariat, le programme rĂ©volutionnaire dâĂ©mancipation des travailleurs des chaĂźnes du capital. Il sâagit vĂ©ritablement dâun travail de parti: notre objectif fondamental est la constitution du parti rĂ©volutionnaire Ă lâĂ©chelle internationale.
Ce nouveau numĂ©ro de notre revue nâest pas encore le reflet de cette volontĂ©. Trop peu dâĂ©nergies soutiennent cet effort. Nous avançons encore fort modestement dans cette voie mais nous le faisons de maniĂšre rĂ©solue et dĂ©terminĂ©e. Toutes les contributions pour son propre dĂ©veloppement comme pour Ă©largir sa diffusion sont vivement souhaitĂ©es et seront chaleureusement accueillies.
Nous appelons toutes les Ă©nergies militantes Ă sâunir pour concrĂ©tiser et donner un nouvel Ă©lan Ă la perspective communiste!
mai 2001