Pourquoi la guerre en Irak?
2004-10-01
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LâĂ©conomie amĂ©ricaine est dans un Ă©tat bien pire que les statistiques lâindiquent. Nous sommes en prĂ©sence dâune crise qui nâest pas seulement une crise du nĂ©o-libĂ©ralisme, mais aussi une crise des idĂ©es keynĂ©siennes qui jusquâĂ ce jour Ă©taient considĂ©rĂ©es comme la solution Ă lâincapacitĂ© de la politique Ă©conomique du libre-Ă©change depuis la grande dĂ©pression des annĂ©es trente. LâĂ©chec de ces politiques dĂ©montre que le capitalisme ne peut surmonter ses contradictions quelque soit le type dâĂ©conomie politique quâil est contraint dâadopter, cela conduit Ă la dĂ©pression avec les Ă©normes consĂ©quences sociales qui en dĂ©coulent.
Les consĂ©quences de ces crises sont Ă©normes. Lors du second semestre de 2002, lâĂ©conomie amĂ©ricaine a accumulĂ© une dette de 500 millions de dollars dans le seul secteur productif. Les comptes publics sont dans le rouge. Le dĂ©ficit du commerce extĂ©rieur dĂ©passe les 500 milliards de dollars. Les secteurs les plus importants de la production sont en crise. Cela va du secteur automobile au secteur plus important de lâaĂ©ronautique en passant par le secteur de lâĂ©nergie et des transports. En ce qui concerne le secteur financier câest lâeffondrement du Nasdaq (indice boursier qui reprĂ©sente lâindicateur des performances boursiĂšres dâun panier de sociĂ©tĂ©s choisies pour leur importance et leur reprĂ©sentativitĂ© du marchĂ© financier). Lâexplosion de la bulle boursiĂšre a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ©e par la crise de tous les secteurs liĂ©s Ă la production technologique sur laquelle reposait tous les espoirs de lâĂ©conomie amĂ©ricaine. Pour donner une idĂ©e de la profondeur de la crise, le niveau dâutilisation des moyens de production est tombĂ©, globalement, Ă 74% pour lâindustrie et Ă 72,5% pour le secteur des produits manufacturĂ©s par rapport Ă 2000.
Bien que le dollar ait, depuis Octobre 2000, subit une dĂ©valuation de 28%, le dĂ©ficit de la balance commerciale amĂ©ricaine ne cesse de sâaccroĂźtre pour atteindre un rythme de 10% par an. La valeur totale des importations dĂ©passe de 42% celle des exportations.
Sur le plan social, le chĂŽmage est officiellement de 4,1% Ă 4,9 soit en rĂ©alitĂ© de 12% Ă 14%. Selon les chiffres officiels publiĂ©s, le 26 Aout dernier par le service de recensement amĂ©ricain, le taux de population vivant dans la pauvretĂ© est passĂ© Ă 12,5% en 2003. Au total, ce sont, officiellement, plus de 36 millions dâamĂ©ricains qui vivent dĂ©sormais dans la pauvretĂ©. Rappelons que pour ĂȘtre considĂ©rĂ© comme pauvre, une famille de quatre personnes doit disposer dâun revenu annuel ne dĂ©passant pas 18810 dollars. Par ailleurs, 45 millions dâamĂ©ricains (15,2% de la population) ne bĂ©nĂ©ficient dâaucune couverture santĂ©. Les inĂ©galitĂ©s entre riches et pauvres se sont accrues. Depuis lâĂ©lection de Bush, 4,3 millions de personnes de plus sont tombĂ©es dans la pauvretĂ© et 5,3 millions ont perdu leur assurance santĂ©. MalgrĂ© le rebond de la croissance, le revenu moyen des mĂ©nages nâa pas bougĂ© en 2003 Ă 43000 dollars et la dette des mĂ©nages, dĂ©jĂ phĂ©nomĂ©nale a encore augmentĂ©.
Les causes de cette situation sont toujours les mĂȘmes mais aggravĂ©es en terme dâintensitĂ© et de rythme qui sâaccĂ©lĂšre. Les crises cycliques qui pĂ©riodiquement dĂ©vastent les rapports de production sont accompagnĂ©es dâun taux de profit qui diminue dramatiquement. La dĂ©tĂ©rioration des mĂ©canismes de valorisation du capital rend lâaccumulation difficile, intensifiant la compĂ©tition et crĂ©ant des crises Ă une Ă©chelle globale. En dĂ©pit de cela, lâĂ©conomie amĂ©ricaine se maintient sur ses pieds et est encore apte Ă dominer le grand marchĂ© international. Elle est encore Ă lâavant-garde du systĂšme capitaliste mondial et se prĂ©sente toujours tant au niveau Ă©conomique que financier comme le gĂ©ant avec qui le reste du monde doit compter. Ainsi, pour lâinstant du moins, mĂȘme si le rythme sâest quelque peu ralenti, les capitaux continuent dâaffluer aux Etats-Unis, malgrĂ© la persistance du dĂ©ficit commercial, lâĂ©clatement de la bulle boursiĂšre, le doute jetĂ© sur les pratiques de gestion par les scandales Ă rĂ©pĂ©tition, etc⊠Il nâen avait pas fallu beaucoup plus pour dĂ©clencher la panique asiatique il y a peu dâannĂ©es. Pourquoi alors, cette confiance continue dans les emprunteurs amĂ©ricains? A la diffĂ©rence des emprunteurs du reste du monde, quand les agents amĂ©ricains sâendettent Ă lâextĂ©rieur en dollars, il sâagit de leur propre monnaie. Les banques thaĂŻlandaises ou indonĂ©siennes ont Ă©tĂ© acculĂ©es Ă la faillite quand la valeur en monnaie locale de leurs emprunts sâest envolĂ©e, suite Ă lâeffondrement du bath et de la roupie. En revanche une chute du dollar ne changerait rien Ă la charge de leur dette pour les entreprises, les banques ou le gouvernement des Etats-Unis. Autrement dit, les dĂ©biteurs amĂ©ricains ne sont soumis Ă aucun risque de solvabilitĂ© liĂ© au change.
RĂ©sultat: de crĂ©diteur net au dĂ©but des annĂ©es 80, les Etats-Unis sont devenus le plus gros dĂ©biteur du monde aujourdâhui. En 2001, ils captaient toujours prĂšs de 7% de lâĂ©pargne mondiale, avec des entrĂ©es nettes de capitaux supĂ©rieures Ă 500 milliards de dollars.
Le statut international du dollar, la diversitĂ© des instruments financiers libellĂ©s dans cette monnaie lui assurent quoiquâil arrive, une place dans les portefeuilles financiers.
Mais, pour cette raison mĂȘme, qui fait que son Ă©conomie rĂšgne encore en maĂźtre sur la planĂšte, lâimpĂ©rialisme amĂ©ricain doit mettre en Ćuvre une sĂ©rie de stratĂ©gies dans le but de maintenir cette domination. La plus significative de ces stratĂ©gies qui permet aux USA de survivre Ă ses propres contradictions, plus que toute autre, est lâusage de la force. Ceci permet aux USA dâexporter en partie ses problĂšmes vers la pĂ©riphĂ©rie de son empire et dâexclure ces concurrents internationaux des marchĂ©s clĂ©s, deux conditions de sa survie Ă©conomique. Dans les dix derniĂšres annĂ©es il y a eu une sĂ©rie de conflits dans lesquels lâusage permanent de la force a Ă©tĂ© aussi fĂ©roce que planifiĂ© avec soin.
Lâusage de la force semble ĂȘtre devenu une constante parmi le bagage politique de lâimpĂ©rialisme amĂ©ricain.
Cet usage peut ĂȘtre vu partout, dans chaque marchĂ© international, quâil soit financier ou commercial, du contrĂŽle du pĂ©trole Ă celui du marchĂ© des matĂ©riaux stratĂ©giques bruts. Le rĂ©pertoire peut varier de la guerre de rapine Ă celle dite prĂ©ventive, du contrĂŽle direct ou indirect. Il trouve toujours une justification, si celle-ci nâest pas Ă portĂ©e de main on lâinvente et la dĂ©vastation arrive Ă coup sĂ»r.
En onze ans, il y a eu cinq guerres, y compris la guerre du Golf, en passant par lâAfganistan, jusquâĂ lâactuelle occupation de lâIrak. On retrouve lâusage de la guerre comme condition primordiale du maintien de la suprĂ©matie amĂ©ricaine mondiale. Une telle primautĂ© induit la suppression de toute forme de compĂ©tition en ce qui concerne le contrĂŽle des marchĂ©s, quâil concerne le pĂ©trole ou les flux financiers. En bref, on peut dire que le degrĂ© dâarrogance et de violence avec lesquels les USA poursuivent leurs objectifs est directement proportionnel aux crises Ă conjurer et aux objectifs Ă atteindre. LĂ oĂč le chantage Ă©conomique et les pressions politiques ne donnent pas de rĂ©sultat lâoption militaire intervient avec toute sa force.
La chute de lâUnion SoviĂ©tique est lâune des principales raisons qui a permis aux USA dâ utiliser la guerre Ă large Ă©chelle comme moyen de dĂ©fense de ses intĂ©rĂȘts impĂ©rialistes. Durant la guerre froide, la prĂ©sence dâun second pĂŽle impĂ©rialiste forçait les USA Ă limiter leur politique expansionniste et Ă user, en prioritĂ© du chantage Ă©conomique envers ses alliĂ©s au nom de lâunitĂ© face Ă lâennemi commun. La chute de lâUnion SoviĂ©tique a ouvert un champ dâaction inimaginable jusquâalors Ă lâimpĂ©rialisme amĂ©ricain. Quand la Russie a retirĂ© ses troupes de lâensemble des pays oĂč elles Ă©taient disposĂ©es dans le monde, elle a laissĂ© des alliĂ©s comme MilosĂ©vic et Hussein Ă la merci de leur ennemi mortel. Les guerres qui ont suivi comme celles de la Bosnie Ă lâAfganistan prennent place dans une situation caractĂ©risĂ©e par lâabsence de contre-poids que reprĂ©sentait lâUnion SoviĂ©tique, situation dont nâavait pas bĂ©nĂ©ficiĂ© les USA depuis la deuxiĂšme guerre mondiale.
Sur le plan du pĂ©trole, le mode dâopĂ©ration de lâimpĂ©rialisme amĂ©ricain est cohĂ©rent et dĂ©terminĂ©. Le but nâest pas seulement dâĂ©tendre son contrĂŽle sur les aires prĂ©sentant le plus grand intĂ©rĂȘt du point de vue Ă©nergĂ©tique, tel que le Golf persique ou la mer caspienne, mais aussi de continuer Ă contrĂŽler les revenus du pĂ©trole Ă travers le maintien du dollar comme unitĂ© monĂ©taire dâĂ©change avec les ressources Ă©nergĂ©tiques primaires et la possibilitĂ© dâintervenir au niveau des dĂ©cisions concernant la quantitĂ© de production et les prix de ces produits.
Le but des USA est, en contrĂŽlant les ressources Ă©nergĂ©tiques dâĂȘtre le pays pivot autour duquel tourneraient les autres puissances Ă©conomiques internationales. Ce contrĂŽle des aires pĂ©trolifĂšres devient une arme de dissuasion envers les autres pays contraints Ă sâaligner derriĂšre la puissance dĂ©tentrice de ces ressources.
Ces diffĂ©rents aspects sont liĂ©s: Le contrĂŽle du pĂ©trole est aussi dâune importance vitale pour lâĂ©conomie amĂ©ricaine, sa demande Ă©nergĂ©tique requiĂšre en effet dâimporter 60% de ses besoins. Les puits de pĂ©trole du Texas sâĂ©puisent et les coĂ»ts dâextraction sont trĂšs Ă©levĂ©s. Ceux dâAlaska couvrent Ă peine 35% de la demande globale. Quant Ă la poursuite de lâimposition du dollar comme monnaie dâĂ©change dans les transactions financiĂšres, elle reste une nĂ©cessitĂ© impĂ©rative, car elle confĂšre aux USA lâavantage de drainer un flux financier vers ce pays qui Ă un besoin vital dâargent frais.
Lâusage de la force, de la guerre permanente, comme moyen de rĂ©alisation de ces objectifs, est la condition indispensable pour lâimpĂ©rialisme amĂ©ricain dans sa tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e de survivre aux contradictions de sa propre Ă©conomie.
Câest dans ce contexte quâil convient dâanalyser lâintervention amĂ©ricaine en Irak.
LâIrak, un but de conquĂȘte parmi dâautres, mais non des moindres de lâimpĂ©rialisme amĂ©ricain
La guerre entreprise par les Etats-Unis contre lâIrak se situe dans la continuitĂ© de la guerre du Golf menĂ©e en 89, de celle du Kosovo et, bien sĂ»r, de celle dâAfganistan. Les raisons qui ont motivĂ© ces guerres, au-delĂ de leurs caractĂ©ristiques “locales”, tiennent au fait que pour les USA, lâaccomplissement de leur projet dâhĂ©gĂ©monie mondiale demeure vital.
Un des objectifs de ces guerres est dâinstaller des troupes permanentes au cĆur de lâEurope, dans les RĂ©publiques dâAsie centrale, Ă proximitĂ© des puissances rivales dont le rĂŽle international risque de prendre de lâampleur (Chine, Russie), en Irak, au cĆur de la rĂ©gion de la planĂšte la plus riche en pĂ©trole, aux points stratĂ©giques des axes de transport des produits Ă©nergĂ©tiques.
Boukharine avait en 1915, dĂ©veloppĂ© dans “Economie mondiale et capitalisme”, la thĂšse qui explique la cause de la multiplication des conflits armĂ©s dans le monde, thĂšse que LĂ©nine prendra en compte dans la rĂ©daction de “lâimpĂ©rialisme, stade suprĂȘme du capitalisme”. N.Boukharine mettra alors en valeur le fait que deux processus, autonomes jusquâau dĂ©but du VingtiĂšme siĂšcle- les rivalitĂ©s politiques des Etats et la concurrence Ă©conomique entre capitaux — tendent Ă fusionner de plus en plus, ce qui dĂ©bouche inĂ©vitablement sur une pĂ©riode Ă long terme de guerres et de conflits impĂ©rialistes.
Parmi les facteurs qui ont contribué au déclenchement de la guerre en Irak menée par les USA, celui qui reste essentiel est le pétrole. Ce facteur se décline en trois points:
ContrĂŽle par les USA des rĂ©serves Ă©nergĂ©tiques de cette rĂ©gion pour subvenir Ă leurs propres besoins, non pas forcĂ©ment dans lâimmĂ©diat mais pour lâavenir. En effet, si lâor noir figure dans les calculs irakiens de Washington, câest plus comme ressource stratĂ©gique plutĂŽt quâĂ©conomique. Avec cette guerre, il sâagit dâavantage de perpĂ©tuer lâhĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine — et dans ce sens de prendre des garanties pour lâavenir — que de gonfler tout de suite les bĂ©nĂ©fices dâExxon. Dans le numĂ©ro du “Nouvel Economiste” du 10 Septembre, Pascal Lorot, PrĂ©sident de lâInstitut Choiseul, Ă©crit:
“A lâhorizon de 20-30 ans, lorsque les rĂ©serves mondiales seront en partie Ă©puisĂ©es, le golf arabo-persique retrouvera pour une raison simple son rĂŽle stratĂ©gique sur lâĂ©chiquier Ă©nergĂ©tique mondial: En effet, il concentrera lâessentiel de lâoffre restante. VoilĂ pourquoi lâengagement amĂ©ricain actuel dans la rĂ©gion nâest pas uniquement ce circonstance, il rĂ©pond Ă une vision stratĂ©gique Ă long terme: garantir demain, lorsque le pĂ©trole deviendra plus rare, lâaccĂšs de lâAmĂ©rique aux rĂ©serves de cette zone.”
ContrĂŽle par ces mĂȘmes USA de cet approvisionnement comme moyen de pression par rapport Ă leurs propres rivaux.
ContrÎle de la rente pétroliÚre, en tant que telle, pour soutenir leur économie déliquescente.
La maĂźtrise du pĂ©trole irakien et, avant tout, de ses dĂ©bouchĂ©s commerciaux, constitue une des raisons essentielles de lâintervention militaire en Irak par les Etats-Unis. Par ailleurs, lieu gĂ©ostratĂ©gique vital — lâIrak a des frontiĂšres communes avec la Turquie, le Golf persique et le proche orient islamique- lâoccupation de ce pays, dans le contexte actuel dâaggravation des contradictions inter-impĂ©rialistes au niveau mondial, reprĂ©sente une avancĂ©e pour les Etats-Unis.
La rente pétroliÚre
Autre facteur, Ă lâorigine de lâintervention US en Irak, celui de la rente pĂ©troliĂšre.
Pour comprendre ce que reprĂ©sente de dĂ©terminant pour le fonctionnement de lâĂ©conomie amĂ©ricaine la question de la rente pĂ©troliĂšre, il faut se souvenir que lâannĂ©e 1971 marque la fin de la convertibilitĂ© du dollar en or et que cette mĂȘme annĂ©e, suite Ă un accord avec lâOPEP, tout le pĂ©trole est dĂ©sormais Ă©changĂ© contre des dollars. Le dollar est aujourdâhui la seule monnaie dont lâutilisation dans le commerce mondial (la moitiĂ© des Ă©changes est facturĂ©e en devises amĂ©ricaines) dĂ©passe largement le poids des exportations amĂ©ricaines dans le monde (15,6%).
Le dollar est la premiĂšre devise en circulation. EN 2001, 90,4% des transactions ont impliquĂ© le dollar comme une des deux monnaies de lâĂ©change. De ce fait certains pays ont mĂȘme remplacĂ© leur monnaie nationale par le dollar (Panama, Salvador, EquateurâŠ). Les banques centrales rĂ©alisent la trĂšs grande majoritĂ© de leurs transactions sur le marchĂ© des changes en dollars. La position centrale des USA leur permet de disposer du privilĂšge unique de vivre Ă crĂ©dit ouvert sur la planĂšte. Le dĂ©ficit budgĂ©taire amĂ©ricain est ainsi financĂ© par lâĂ©mission de bons du TrĂ©sor relevant des banques centrales des Etats excĂ©dentaires. Le dollar Ă©tant la seule devise acceptĂ©e pour le rĂšglement des matiĂšres Ă©nergĂ©tiques (entre autres), tous les Etats doivent accumuler cette devise pour acheter le pĂ©trole et le gaz qui leur sont indispensables. Ces dollars accumulĂ©s vont aussi servir Ă acheter dâautres produits⊠Les dollars mis sur le marchĂ© vont ainsi circuler toujours et toujours sans quâon demande Ă leur Ă©metteur, les USA, de les rembourser Ă un moment donnĂ© par un autre Ă©quivalent (or, monnaieâŠ).
Cette hĂ©gĂ©monie du dollar tient donc ainsi au fait que cette devise est la seule agréée pour le commerce du pĂ©trole. La naissance de lâEuro sâest avĂ©rĂ©e comme un grain de sable dans cette belle machinerie qui date de 1971. Bien sĂ»r, il est difficile pour une monnaie de gagner une influence significative si elle ne sâappuie pas sur une force politique, sur un gouvernement qui la porte. Or, lâEurope nâa pas de gouvernement, les dirigeants de la zone euro ne semblent pas prĂȘts Ă avancer rapidement dans la voie de lâunion politiqueâŠ
De plus, aussi longtemps que les Etats devront thĂ©sauriser des dollars pour acheter du pĂ©trole, lâeuro ne pourra pas sâimposer de maniĂšre significative.
Mais, en 1999, lâIrak va contester et remettre en cause les rĂšgles du jeu jusquâĂ prĂ©sent Ă©tablies en dĂ©cidant dâutiliser lâeuro comme monnaie de paiement des produits pĂ©troliers. Deux ans plus tard, lâIran, Ă son tour, commence Ă envisager la possibilitĂ© du rĂšglement de son pĂ©trole en euros ainsi que le VĂ©nuzuela, quatriĂšme producteur de pĂ©trole, qui, non content de ça, a passĂ© un accord avec Cuba. La Russie a, elle aussi, fait entendre quâelle envisageait cette possibilitĂ© (or, plus de la moitiĂ© des exportations russes de brut se fait vers lâEurope).
Un volume, mĂȘme faible du commerce de pĂ©trole se rĂ©alisant en euros aurait deux consĂ©quences immĂ©diates et douloureuses pour les USA:
Cela entraĂźnerait un retour aux Etats-Unis dâune masse de dollars issus du tirage, Ă grande Ă©chelle, de la “planche Ă billets”, dollars que les banques nâont pas de quoi couvrir et dont la consĂ©quence serait un effondrement de cette monnaie.
Cela dynamiserait lâeuro qui deviendrait alors nettement plus attractif auprĂšs des membres de lâUnion europĂ©enne, et qui, par effet de “boule de neige” amĂšnerait les plus rĂ©servĂ©s de ceux-ci Ă rejoindre la zone euro. Un renforcement de la crĂ©dibilitĂ© de la zone euro entraĂźnerait une reconnaissance de lâeuro comme valeur dâĂ©change par un plus grand nombre de pays producteurs de pĂ©trole.
Ainsi, si les enjeux Ă©conomiques liĂ©s au pĂ©trole (contrĂŽle du pĂ©trole du MO pour leur propre production Ă terme, contrĂŽle de ce mĂȘme pĂ©trole comme moyen de pression sur les grandes puissances Ă©conomiques concurrentes, dĂ©fense du monopole de la rente pĂ©troliĂšre) expliquent largement la volontĂ© dâintervention des USA en Irak, cette volontĂ© est liĂ©e, plus globalement, Ă la nĂ©cessitĂ©, pour la plus grande puissance impĂ©rialiste, dâĂ©tablir son contrĂŽle sur le plus possible de points vitaux pour elle sur cette planĂšte. La fameuse “guerre prĂ©ventive” est, de fait, dirigĂ©e avant tout contre les puissances impĂ©rialistes susceptibles de contre-carrer les projets dâhĂ©gĂ©monie des USA sur le marchĂ© mondial. Dâautres conflits guerriers suivront inĂ©vitablement, ils seront le reflet, comme ceux passĂ©s et prĂ©sents, des enjeux Ă©conomiques vitaux animant les principaux impĂ©rialismes actuels.
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