Les deux niveaux de la crise libanaise
2006-08-01
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LâactualitĂ© quotidienne nous rĂ©vĂšle les dĂ©vastations que rĂ©pand le capitalisme en crise. La recherche toujours plus effrĂ©nĂ©e de taux de profits suffisamment rĂ©munĂ©rateurs impose dâune part de plus grands niveaux dâexploitation du prolĂ©tariat, chĂŽmage, prĂ©caritĂ©, misĂšre gĂ©nĂ©ralisĂ©e et dâautre part le recours toujours plus frĂ©quent Ă la guerre. Hier lâAfghanistan et lâIrak, aujourdâhui le Liban. Ce qui permet dâentrevoir les fronts de la guerre impĂ©rialiste de demain. Seule la lutte de classe rĂ©volutionnaire pourra mettre fin Ă cette barbarie.
Le scénario interne
Bien quâelle nâait pas jusquâĂ prĂ©sent Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e officiellement, câest la guerre entre IsraĂ«l et le Liban. A lâheure actuelle, elle a dĂ©jĂ causĂ© des centaines de morts parmi les civils, plus de 500 000 rĂ©fugiĂ©s et une situation humanitaire alarmante dans toute la rĂ©gion. Le mini-impĂ©rialisme israĂ©lien et le maxi-impĂ©rialisme amĂ©ricain dâun cĂŽtĂ©, le Hezbollah et le Hamas de lâautre ont volontairement rĂ©amorcĂ© les tensions au Moyen-Orient. Avec la nouvelle occupation militaire de la bande de Gaza et lâagression sur les frontiĂšres du Liban, les israĂ©liens espĂšrent rĂ©aliser une sĂ©rie dâobjectifs stratĂ©giques.
- Avec lâattaque contre le Liban, rĂ©ponse Ă lâenlĂšvement des trois militaires israĂ©liens, IsraĂ«l Ă©loigne toute possibilitĂ© de rĂ©ouverture des nĂ©gociations pour la restitution des territoires occupĂ©s. En fait, plus le Moyen Orient sâembrase, plus IsraĂ«l reste dans les colonies de Cisjordanie.
- Depuis le retrait forcĂ© de la Syrie du Liban, le pays des cĂšdres est devenu lâobjectif principal de lâexpansionnisme israĂ©lien, non seulement comme en 1982, pour constituer une sorte de cordon de sĂ©curitĂ© autour de ses frontiĂšres, mais aussi pour en faire une sorte de protectorat militaire.
- Lâagression a aussi pour but de supprimer de la scĂšne politique le Hamas et le Hezbollah considĂ©rĂ©s comme terroristes mĂȘme sâils ont Ă©tĂ© rĂ©guliĂšrement Ă©lus et sont prĂ©sents dans les gouvernements. Le but Ă©tant dâavoir des Ătats limitrophes, sinon alliĂ©s, du moins gouvernĂ©s par des forces politiquement plus dociles et mallĂ©ables.
- En dĂ©finissant la Syrie et lâIran comme terroristes — parce que complices du Hamas et du Hezbollah en les finançant et les armant — IsraĂ«l a donnĂ© aux Ătats-Unis le prĂ©texte pour transformer la question libanaise en une occasion pour dĂ©fendre ses intĂ©rĂȘts dans la zone.
De son cĂŽtĂ© le Hezbollah, en refusant de libĂ©rer les soldats, a obligĂ© IsraĂ«l Ă rĂ©agir militairement et de ce fait, Ă relĂącher la pression militaire dans la bande de Gaza et sur le Hamas, mettant aussi Ă nu toute la fragilitĂ© du gouvernement libanais de Fouad Siniora dont les USA et IsraĂ«l avaient facilitĂ© lâarrivĂ©e au pouvoir. Aujourdâhui, le Hezbollah reprĂ©sente aux yeux de la population libanaise ce que le Hamas reprĂ©sente aux yeux de la population palestinienne: lâunique force capable de la dĂ©fendre contre la domination des Ătats-Unis et dâIsraĂ«l.
Le scénario international
Avec les difficultĂ©s rencontrĂ©es en Afghanistan et la relative perte dâinfluence sur le pourtour de la mer Caspienne, les difficultĂ©s toujours plus grandes dâapprovisionnement pĂ©trolier au Venezuela et dans dâautres pays Sud-AmĂ©ricains ont rendu le contrĂŽle du Golfe persique encore plus important, plus vital pour lâimpĂ©rialisme amĂ©ricain. CâĂ©tait pour cette raison que lâIrak a Ă©tĂ© occupĂ©. DĂ©sormais, ce sont lâIran et la Syrie — dans la ligne de mire depuis quelque temps — qui font perdre le sommeil au locataire de la Maison Blanche. Il y a quelques annĂ©es, lâIran aurait fait lâobjet dâune intervention militaire (dĂ©jĂ largement mise au point) immĂ©diate. Dans lâĂ©tat actuel des choses, le gouvernement des USA, malgrĂ© lui, est contraint dâagir indirectement. La prolongation de lâintervention en Afghanistan, lâenlisement imprĂ©vu en Irak, lâĂ©norme croissance des coĂ»ts de la guerre et du nombre de morts, lâimpopularitĂ© de Bush, lâopposition ferme de lâEurope, de la Russie et de la Chine ont créé une situation peu favorable Ă une intervention directe.
Lâattaque directe contre lâIran Ă©tant Ă©cartĂ©e pour le moment, les USA ont optĂ© pour une stratĂ©gie de la terre brĂ»lĂ©e Ă la pĂ©riphĂ©rie, en attaquant ceux qui, pour diverses raisons, sont considĂ©rĂ©s comme ses plus proches alliĂ©s, en espĂ©rant que cela pourra favoriser un changement de gouvernement plus ou moins sanglant et qui rendrait moins problĂ©matique la prĂ©sence des Ătats-Unis dans la zone stratĂ©gique la plus importante du monde. La crise libanaise, la lutte contre le terrorisme du Hezbollah, avec les aides iraniennes rĂ©elles ou supposĂ©es en armes, financement ou appuis en logistique militaire, tout cela Ă©tait bien adaptĂ© au but poursuivi.
Pendant ce temps, le prix du baril de pĂ©trole monte et le seuil des 80 $ nâest pas loin. Et plus le prix du pĂ©trole croit, plus la rente pĂ©troliĂšre remplie les caisses des compagnies pĂ©troliĂšres et de lâĂtat amĂ©ricain qui en a un grand besoin pour pouvoir financer ses dĂ©ficits jumeaux dans une conjoncture domestique et internationale diffĂ©rente de celle dâil y a quelques annĂ©es. Dâabord, lâĂ©conomie amĂ©ricaine, la plus endettĂ©e du monde (plus de 35 000 milliards de dollars US) a perdu sa quasi-autosuffisance Ă©nergĂ©tique et dĂ©pend du pĂ©trole Ă©tranger pour 70% de ses besoins. La balance des paiements sâest effondrĂ©e de 800 milliards de dollars. La Russie, qui dans la mĂȘme pĂ©riode est devenue le premier fournisseur dâĂ©nergie du monde, si on ajoute les exportations le pĂ©trole et de gaz naturel, accepte maintenant lâeuro comme moyen de paiement du pĂ©trole et non plus seulement le dollar. LâIran, le Venezuela et des producteurs africains ont fait de mĂȘme, ce qui rend les mĂ©canismes dâappropriation de la rente financiĂšre — qui donne aux USA le contrĂŽle du processus de fixation du prix du pĂ©trole — toujours plus problĂ©matiques, et cela mine leur plus importante source dâapprovisionnement financier. LâEurope a dĂ©sormais stabilisĂ© sa zone monĂ©taire, posant une sĂ©rie de problĂšmes Ă la suprĂ©matie du dollar. La Syrie a officiellement dĂ©clarĂ© vouloir reconvertir ses rĂ©serves monĂ©taires de dollars en euros. La Chine a dĂ©jĂ opĂ©rĂ© une diversification en ce sens pour un montant de quelques milliards de dollars. En 2005, mĂȘme lâArabie Saoudite, grande alliĂ©e des USA, sâest orientĂ©e dans cette direction et la menace sur le dollar est Ă lâordre du jour jusque dans les pays dâAmĂ©rique du Sud. Ainsi la suprĂ©matie du dollar, un des piliers les plus importants sur lesquels sâappuie la puissance impĂ©rialiste des Ătats-Unis, risque de sâĂ©crouler.
Si on ajoute Ă ce tableau la continuelle stagnation de lâĂ©conomie amĂ©ricaine, la reprise de la chute des taux de profits, sa faible compĂ©titivitĂ© au niveau international, on comprendra combien ces faiblesses sont dangereuses et lâimportance de chaque occasion pour les contourner quel quâen soit le coĂ»t et le moyen. VoilĂ pourquoi la crise libanaise doit ĂȘtre analysĂ©e dans son contexte moyen-oriental, oĂč elle est nĂ©e et produira ses effets dĂ©vastateurs, mais aussi au niveau international, avec ses confrontations inter-impĂ©rialistes de dimensions planĂ©taires. Câest justement lâaffaiblissement de lâimpĂ©rialisme amĂ©ricain et lâaccĂ©lĂ©ration du processus de recomposition de pĂŽles impĂ©rialistes alternatifs, dont lâEurope, la Russie et la Chine sont les principaux acteurs, qui renforcent la tendance Ă lâĂ©largissement de la guerre impĂ©rialiste permanente aux zones nĂ©vralgiques dâun point de vue stratĂ©gique et Ă©conomique. Dâautre part, aujourdâhui, toute guerre, mĂȘme quand elle montre de fortes caractĂ©ristiques locales, comme celle du Liban est partie-prenante des conflits inter-impĂ©rialistes. Le Hezbollah le dĂ©montre en poursuivant ses objectifs politiques internes (et pas seulement internes) tant quâil jouit de lâappui de lâIran et de la Syrie, qui eux mĂȘme sont sous lâaile protectrice de la Chine, de la Russie et mĂȘme de lâEurope qui, grĂące Ă la confĂ©rence de Rome, a saisi lâoccasion pour sâinsĂ©rer de plein pied dans lâintrigue moyen-orientale. AprĂšs lâAfghanistan, lâIrak et le Liban, demain ce pourrait ĂȘtre le Golfe de GuinĂ©e, lâAmĂ©rique du Sud ou nâimporte quelle autre zone dâintĂ©rĂȘt stratĂ©gique.
Plus que jamais dans la phase historique actuelle, le capitalisme, avec ses convulsions, ne peut que crĂ©er des guerres en permanence, la faim et la misĂšre croissante pour la trĂšs grande majoritĂ© de la population mondiale. Câest pour cela que la reconstruction du parti rĂ©volutionnaire est toujours plus nĂ©cessaire et urgente. Un parti pouvant soustraire les masses du prolĂ©tariat Ă lâinfluence de lâidĂ©ologie bourgeoise en gĂ©nĂ©ral et dans le contexte moyen-oriental, aux sirĂšnes du nationalisme, quelles que soient les formes sous lesquelles il se prĂ©sente: laĂŻc, confessionnel, progressiste, sioniste ou intĂ©griste. Un parti qui sache travailler Ă la solution rĂ©volutionnaire qui seule peut arrĂȘter la barbarie du capitalisme en crise.
Le Bureau International pour le Parti Révolutionnaire, Le 1er août, 2006Bilan & Perspectives - 8
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