La quĂȘte aveugle et aveuglante du profit
2006-12-01
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La premiĂšre cause de cĂ©citĂ© chez les ĂȘtres humains de plus de 50 ans est la dĂ©gĂ©nĂ©rescence maculaire. Câest le nom quâon donne Ă la perte de vision progressive causĂ©e par lâoxydation de la macula, une petite membrane ronde situĂ©e au centre de la rĂ©tine. Au Canada, on compte plus de 17000 nouveaux cas par annĂ©e. Heureusement, les ophtalmologistes arrivent Ă traiter cette lĂ©sion avec un taux de succĂšs remarquable, en injectant de minuscules quantitĂ©s dâAvastin directement dans les yeux de leurs patients. Ce mĂ©dicament anti-angiogĂ©nique avait initialement Ă©tĂ© Ă©laborĂ© en vue de combattre le cancer du colon. Une histoire qui finit bien, dites-vous. Eh bien non! Il arrive que la compagnie qui produit lâAvastin, Genentech, fait prĂ©sentement tout son possible pour empĂȘcher lâutilisation de son mĂ©dicament pour combattre cette anomalie et ce faisant, son objectif nâest nullement dâordre thĂ©rapeutique ou hippocratique. En fait, Genentech veut empĂȘcher lâutilisation ophtalmologique de lâAvastin car il aimerait plutĂŽt que les mĂ©decins se servent de sa nouvelle variante du mĂ©dicament appelĂ©e Lucentis. Le hic est quâune dose simple dâAvastin se vend Ă un peu moins de 20 dollars alors quâon Ă©value que le nouveau produit imposĂ© se dĂ©taillerait Ă environ 2000 dollars; cent fois plus! Un ophtalmologiste amĂ©ricain, le professeur Philip Rosenfeld qui sâintĂ©resse aux recherches animales de Genentech et leur potentiel curatif des problĂšmes oculaires a publiĂ© une Ă©tude sur les rĂ©sultats gĂ©nĂ©ralement positifs de lâutilisation de lâAvastin dans le traitement de la dĂ©gĂ©nĂ©rescence maculaire. Il conclut que:
Câest vraiment un mĂ©dicament merveilleux. Ca dĂ©montre jusquâĂ quel point les compagnies pharmaceutiques sont efficaces mais, dâun autre cĂŽtĂ©, ca montre aussi leur avarice.
Le scientifique pose lĂ , Ă sa maniĂšre, tout le problĂšme du contenu de notre Ă©poque. Une Ă©poque oĂč les moyens scientifiques existant peuvent de plus en plus contribuer Ă allĂ©ger, voir Ă Ă©liminer plusieurs des fardeaux de la condition humaine, mais oĂč en mĂȘme temps ces moyens sont entravĂ©s par un cadre politique et Ă©conomique restrictif, dĂ©suet et destructeur. LâhumanitĂ© a la possibilitĂ© de sâĂ©chapper de plusieurs de ses carcans, de sâĂ©manciper, mais le capitalisme la retient. Marx avait analysĂ© plus globalement la question dans sa prĂ©face Ă sa Contribution Ă la critique de lâĂ©conomie politique:
A un certain stade de leur dĂ©veloppement, les forces productives matĂ©rielles de la sociĂ©tĂ© entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui nâen est que lâexpression juridique, avec les rapports de propriĂ©tĂ© au sein desquels elles sâĂ©taient mues jusquâalors. De formes de dĂ©veloppement des forces productives quâils Ă©taient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors sâouvre une Ă©poque de rĂ©volution sociale.
La mathématique capitaliste est un calcul [1] douloureux dont notre corps social devra bien un jour se purger.
RS[1] Calcul compris dans les deux sens du terme.
