AprĂšs le scrutin du 26 mars
2007-05-01
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Le vote aux plus rĂ©centes Ă©lections quĂ©bĂ©coises sâest conclu par le premier gouvernement minoritaire Ă lâAssemblĂ©e nationale depuis 1878. Câest un Ă©lectorat volatil, laissant voir son inquiĂ©tude gĂ©nĂ©ralisĂ©e, qui sâest manifestĂ©. Pour lâinstant, une minoritĂ© importante de la population sâest rĂ©fugiĂ© derriĂšre les solutions simplistes et rĂ©actionnaires, voir xĂ©nophobes de lâADQ, tandis que le PLQ conserve sa pluralitĂ© et que le PQ perd son rĂŽle dâOpposition officielle.
Sâil est vrai quâil faut sâen inquiĂ©ter, il est tout aussi vrai que ces Ă©lections se sont tenues sous lâenseigne dâun virage Ă droite de lâensemble du discours politique, et cela, par tous les partis politiques. De la mĂȘme maniĂšre, ceux et celles qui estime que le recul historique du PQ reprĂ©senterait un recul du nationalisme au QuĂ©bec se trompe Ă©normĂ©ment. Tout lâexercice Ă©lectoral sâest menĂ© dans le cadre de lâenclos national et nationaliste, comme dans une vaste salle paroissiale (le monde dans la salle, les Ă©lites Ă la tribune), les questions essentielles de notre Ă©poque (mĂȘme lâenvironnement) Ă©tant traitĂ©es presque comme des questions de gĂ©rance municipale, sauf les pointes habituelles en direction des bedeaux rivaux dâOttawa bien sĂ»r. Ce mouvement gĂ©nĂ©ralisĂ© vers la droite, a aussi affectĂ© les supposĂ©s anticapitalistes de QuĂ©bec Solidaire, dont la prestation de gestionnaire “progressiste” du capitalisme ne lui a nĂ©anmoins pas permis la percĂ©e espĂ©rĂ©e. Dâailleurs, les “fidĂšles” qui croient toujours que QuĂ©bec Solidaire est un mouvement anticapitaliste devrait aller voir la vidĂ©o de la prestation de son porte-parole Amir Khadir, au lancement de sa campagne Ă la Casa Del Populo⊠MalgrĂ© les efforts considĂ©rables et sans prĂ©cĂ©dent des diverses officines de la bourgeoisie (notamment de ses mĂ©dias), la participation Ă©lectorale est restĂ©e relativement faible Ă 71,21%, soit le deuxiĂšme rĂ©sultat le plus faible depuis trente ans. Pour sa part, le Groupe Internationaliste Ouvrier a menĂ© une campagne modeste de boycott des Ă©lections bourgeoises par la diffusion de plus dâun millier de copies de la dĂ©claration que nous republions ici. Cette dĂ©claration a aussi Ă©tĂ© diffusĂ©e en anglais, tout comme nos centaines dâaffichettes autocollantes appelant au boycott de cet Ă©niĂšme exercice du cirque Ă©lectoral.
La voie électorale est un piÚge patronal
La campagne électorale en cours en vue du scrutin du 26 mars prochain a lieu dans une conjoncture nationale et internationale passablement troublée et marquée par des perspectives plus sombres encore.
- Au mois de fĂ©vrier seulement, lâĂ©conomie quĂ©bĂ©coise a perdu 33 100 emplois en usine, un chiffre considĂ©rable pour un territoire ne comptant que 7,5 millions dâhabitants. Ces pertes dâemplois manufacturiers font suite Ă de milliers dâautres frappant toutes les rĂ©gions et de nombreux secteurs dâactivitĂ©s dans les mois prĂ©cĂ©dents. On nâa quâĂ citer les cas de Shermag Ă Disraeli, Goodyear et Gildan Ă Valleyfield, Norsk Hydro Ă BĂ©cancour, Louisiana Pacific Ă Saint-Michel-des-Saints, Olymel Ă Saint-Simon et Ă Saint-ValĂ©rien, de QuĂ©becor World Ă Beauceville, de Diagnocure, de Pfizer, de Bristol Myers et des nombreuses usines rattachĂ©es Ă lâindustrie de la forĂȘt pour se donner une idĂ©e de lâampleur de lâhĂ©catombe. De plus, dans ce contexte, des milliers dâautres travailleurs et travailleuses ont dĂ» subir dâimportantes pertes de salaires et de couverture sociale sous le prĂ©texte de prĂ©server leurs emplois. Pensons Ă lâopĂ©ration mĂ©diatique nationale, accompagnĂ©e dâune campagne locale de chantages et de menaces ignobles, menĂ©es de main de maĂźtre par lâancien Premier ministre pĂ©quiste Lucien Bouchard qui a forcĂ© la main aux 1100 salariĂ©s de lâusine Olymel Ă Valley-Junction, qui se sont ainsi vu coupĂ©s 30 % de leurs revenus. Or la crise et les convulsions du capitalisme Ă lâĂ©chelle internationale ne laissent prĂ©sager aucun rĂ©pit Ă cet Ă©gard.
- Ă la mi-campagne, les journaux ont publiĂ© les principales conclusions du 2e rapport du Groupe dâexperts intergouvernemental sur lâĂ©volution du Climat (GIEC) devant ĂȘtre rendu publique Ă Bruxelles le mois prochain. Le diagnostic que le rapport porte sur lâĂ©tat de santĂ© de la planĂšte est dramatique : “les changements climatiques affectent aujourdâhui les systĂšmes physiques et biologiques sur tous les continents”. Dâici 20 ans, le rapport prĂ©voit que des centaines de millions de personnes nâauront plus dâeau, tandis que des dizaines de millions seront victimes dâinondations meurtriĂšres Ă chaque annĂ©e. Le rĂ©chauffement climatique attendu mĂšnera aussi Ă lâessor des maladies tropicales comme le paludisme et la dengue. Dans un premier temps, les conditions nouvelles favoriseront une abondance de vivres en raison de saisons de cultures rallongĂ©es au Nord, mais ensuite, dâici 2080, des centaines de millions dâĂȘtres humains seront menacĂ©s par la famine. Ici mĂȘme, en AmĂ©rique du Nord, le GIEC constate quâon : “ressent dĂ©jĂ des dĂ©rĂšglements Ă©cologiques, sociaux et culturels, notamment des ouragans et des feux de forĂȘts”. Alors quâon sâattend Ă ce que ces dĂ©rĂšglements influent sur la vie de chaque personne, il faut comprendre que les ĂȘtres humains des classes laborieuses seront de beaucoup les plus touchĂ©s.
- Les tensions inter impĂ©rialistes augmentent et les conflits actuels risquent de mener Ă lâouverture de nouveaux fronts. Comme ces conflits ne sont pas le rĂ©sultat de politiques ou de personnalitĂ©s dĂ©ficientes, mais bien du besoin vital pour le capitalisme en crise de maintenir ses marchĂ©s et dâen conquĂ©rir de nouveaux, le cours Ă la guerre nâest pas Ă la veille de se rĂ©sorber.
Ces trois grands constats, qui constituent des pans dĂ©terminants du contenu de notre Ă©poque, sont pourtant pour lâessentiel complĂštement escamotĂ©s ou traitĂ©s de maniĂšre insignifiante dans la campagne Ă©lectorale et ce par tous les partis en lice. Comme Ă lâhabitude, lâexercice Ă©lectoral ne sert pas Ă discuter vĂ©ritablement des grands problĂšmes de la sociĂ©tĂ©, mais plutĂŽt Ă diviser les travailleurs et les travailleuses en les mobilisant derriĂšre les conceptions, les valeurs et les prioritĂ©s de la classe dominante et en les enrĂŽlant dans le camp de lâune ou de lâautre de ses factions. La prĂ©sente campagne ne fait pas exception, si ce nâest que lors de sa prĂ©paration et son dĂ©roulement, on a pu constater que les maisons de “sondage” ont de beaucoup perfectionnĂ© leur rĂŽle de supplĂ©tifs des mĂ©dias bourgeois et sont devenus des outils Ă©tatiques de plus en plus usitĂ©s pour lancer lâĂ©lectorat sur de fausses pistes en crĂ©ant de toutes piĂšces de fausses crises et des enjeux tout aussi faux. Ainsi, grĂące Ă leur sale boulot, on pu voir sâajouter aux habituelles campagnes de chicanes et de divisions du passĂ© entre francophones et anglophones ou francophones et autochtones, des piques beaucoup plus agressives que par le passĂ© Ă lâendroit de lâimmigration (les multiples affaires autour des fameux “accommodements raisonnables”) auxquelles sâadjoignent maintenant les guerres de clocher entre les centres urbains et les rĂ©gions. Mais derriĂšre ce spectacle affligeant, les acteurs et les actrices sont pour lâessentiel les mĂȘmes quâĂ lâhabitude et ne reprĂ©sentent quâune variĂ©tĂ© insipide de sauces servant Ă couvrir le mĂȘme plat fĂ©tide et empoisonnĂ© : lâexploitation capitaliste. Qui sont ils?
- Le Parti LibĂ©ral est le parti de la bourgeoisie quĂ©bĂ©coise qui vise Ă dĂ©velopper lâĂ©conomie capitaliste dans lâespace Ă©conomique et le cadre constitutionnel canadien actuel tout en cherchant Ă sây amĂ©nager la place la plus avantageuse possible.
- Le Parti QuĂ©bĂ©cois est le parti de la bourgeoisie quĂ©bĂ©coise qui cherche Ă renĂ©gocier le cadre constitutionnel canadien (pas nĂ©cessairement Ă le faire Ă©clater) pour sâamĂ©nager une meilleure place dans lâespace Ă©conomique du pays tout en se laissant plus dâautonomie pour intervenir sur les autres marchĂ©s (USA et Europe notamment). Pour mobiliser des appuis, il se sert de deux outils : le nationalisme et des prĂ©tentions “progressistes”. Il est cependant Ă noter quâĂ un degrĂ© ou un Ă autre, tous les partis en lice sont nationalistes et que le “progressisme” du PQ nâest quâun leurre, comme il lâest pour les autres partis Ă cette Ă©tape du dĂ©veloppement du mode de production capitaliste. Nâoublions pas que le PQ est le parti du DĂ©ficit ZĂ©ro et ses 2 milliards de coupures dans les programmes sociaux en 1996, sans oublier le parti des 20% de rĂ©ductions de salaires lors des nĂ©gociations du secteur public en 1981-82.
- LâAction DĂ©mocratique est un parti nationaliste, populiste et ouvertement droitier. Son rĂŽle actuel est de diviser et de susciter la mĂ©fiance et la haine. Issu dâune scission de la droite autonomiste du PLQ, il a pendant un temps flirtĂ© avec le PQ. Pour lâinstant, câest un parti de rĂ©serve de la bourgeoisie, qui lui sert tant comme repoussoir pour remobiliser des appuis vers le PLQ et le PQ, que de mouche de coche servant Ă ramener lâensemble du “dĂ©bat” politique vers un programme de plus en plus droitier. Son Ă©mergence soudaine lors de ces Ă©lections a Ă©tĂ© largement due Ă la place disproportionnĂ©e que les grands mĂ©dias lui ont accordĂ©e dĂšs le dĂ©but de la campagne.
- Les “nouveaux partis” Verts (PV) et QuĂ©bec Solidaire (QS), tout en accentuant diffĂ©remment deux Ă©lĂ©ments de prĂ©occupations sociales diffĂ©rentes prĂ©sentes dans lâĂ©lectorat (environnement et justice sociale), visent tous les deux Ă occuper une place largement libĂ©rĂ©e par lâalignement graduel mais constant des deux grands partis traditionnels PQ et PLQ vers une droite de plus en plus avouĂ©e (mondialisation oblige). Mais cette gauche du capital ne peut et ne veut rien pour nous! Elle ne peut et ne veut rien pour nous car en aucun moment elle ne questionne les causes Ă©conomiques, politiques et sociales Ă la base de la crise sociale et environnementale. Il nây aura pas dâenvironnement sain ni “vert”, tant et aussi longtemps que la production sera rĂ©alisĂ©e pour engranger des profits plutĂŽt que pour les nĂ©cessitĂ©s de lâusage social. Il nây aura pas non plus de justice sociale et de “solidaritĂ©”, tant et aussi longtemps que le capitalisme et la violence de ses crises et de ses guerres sâimposeront Ă lâhumanitĂ©. Ces petits partis ont une fonction de faire-valoir du cirque Ă©lectoral et leur rĂŽle, quâils en soient conscients ou non, est de redonner de la crĂ©dibilitĂ© Ă cette fausse consultation, qui est lâune des colonnes de soutien du systĂšme dâexploitation capitaliste. Nous savons que bon nombre de travailleurs et de travailleuses votent pour ce quâils considĂšrent comme le “moindre mal”. Mais lorsque ce vote critique mĂšne au pouvoir, les rĂ©sultats sont toujours les mĂȘmes : il nây quâĂ voir la politique belliciste des Verts au pouvoir en Allemagne ou le bilan de gouvernement du Parti des Travailleurs au BrĂ©sil. Le PV et QS font partie du problĂšme, pas de la solution.
Notre constat est quâil nây a rien Ă gagner par le vote, mĂȘme sâil sâexprime de façon critique ou tactique. Lâampleur du problĂšme pausĂ© par le systĂšme dâexploitation est telle, que seule la nĂ©gation active de toutes ses institutions comme de ses fondements mĂȘmes prend un rĂŽle positif prĂ©sentement. Ă problĂšme radical et systĂ©mique, solution radicale et systĂ©mique. Le temps presse!
Lâexercice du vote dans lâisoloir est lâexpression de lâisolement du travailleur et de la travailleuse face Ă sa classe. La vĂ©ritable expression de nos intĂ©rĂȘts et de nos choix de sociĂ©tĂ© ne peut que sâexprimer quâen tant que classe qui lutte sur les lieux de travail et dans la rue. Refusons dâembarquer dans le jeu de nos exploiteurs. Câest Ă la relance des luttes, Ă la construction des organisations nĂ©cessaires Ă leur succĂšs et Ă la construction de lâindispensable Parti International du ProlĂ©tariat que nous vous convions.
Boycottons leurs élections! Pas un seul vote pour le capitalisme!!
Groupe Internationaliste Ouvrier