Ămeutes de la faim
2008-05-01
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ConsĂ©quence supplĂ©mentaire de la crise actuelle de lâĂ©conomie capitaliste
Des Ă©meutes de la faim ont secouĂ© ces derniers jours lâEgypte, le Maroc, lâIndonĂ©sie, les Philippines, HaĂŻti — oĂč elles ont fait au moins cinq morts et abouti Ă la chute du gouvernement -, ainsi que plusieurs pays africains : Nigeria, Cameroun, CĂŽte dâIvoire, Mozambique, Mauritanie, SĂ©nĂ©gal, Burkina Faso…
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La situation antĂ©rieure Ă©tait dĂ©jĂ dramatique puisque seulement en Afrique entre 1972 et 2002, le nombre dâAfricains gravement et, en permanence, sous-alimentĂ©s a augmentĂ© de 81 Ă 203 millions. Le Fonds international de dĂ©veloppement agricole (FIDA), une agence de lâONU, indiquait que pour chaque augmentation de 1 % du prix des denrĂ©es de base, 16 millions de personnes supplĂ©mentaires sont plongĂ©es dans lâinsĂ©curitĂ© alimentaire. Cela âsignifie que 1,2 milliard dâĂȘtres humains pourraient avoir chroniquement faim dâici Ă 2025 ; 600 millions de plus que prĂ©cĂ©demment anticipĂ©â, prĂ©vient le document. Parmi les pays en premiĂšre ligne : lâErythrĂ©e, la Sierra Leone, Madagascar, HaĂŻti, la GĂ©orgie, le Burundi et le Zimbabwe.
Mais, en plus, aujourdâhui la crise Ă©conomique est lĂ et on assiste Ă la flambĂ©e mondiale du coĂ»t des denrĂ©es alimentaires. Selon les analyses du FIDA, bien que la flambĂ©e des prix alimentaires soit en partie due Ă des facteurs temporaires, la concomitance de âprix records de la nourritureâ et de âproductions agricoles recordâ est âune indication forteâ que les prix resteront durablement Ă©levĂ©s.
Encore une autre conséquence de la crise économique actuelle qui ne fait que commencer et qui déjà fait des ravages dans tous les domaines.
Quelles sont les raisons de ces émeutes?
La réponse est claire. Les émeutes sont la conséquence des méfaits du capitalisme aggravés par la crise économique actuelle.
Il existe des facteurs Ă long terme qui ne sont pas nouveaux tels que lâaugmentation de la population mondiale, ainsi que la pĂ©nurie des ressources dues au climat auxquelles sâajoutent donc maintenant des causes dues au capitalisme actuel et Ă la situation conjoncturelle de crise Ă©conomique.
Colonialisme ou néo colonialisme
Si lâAfrique est particuliĂšrement vulnĂ©rable, câest parce quâelle subit la « destruction systĂ©matique de ses agricultures vivriĂšres », dĂ©nonçait Jean Ziegler, rapporteur spĂ©cial de la Commission des droits de lâhomme des Nations unies pour le droit Ă lâalimentation.
Mais il y a aussi les bouleversements du climat. MĂȘme lâOrganisation mondiale de la santĂ© (OMS) sâen alarme : les changements climatiques nuisent Ă la santĂ© et Ă lâalimentation. «SĂ©cheresse en Australie ou au Kazakhstan, inondations en Asie, ouragans en AmĂ©rique latine et un hiver record en Chine», Ă©grĂšne le Programme alimentaire mondial (PAM). Tendance lourde. Dâautant que lâagriculture intensive joue contre lâenvironnement. Achim Steiner, patron du Programme des Nations unies pour lâenvironnement (PNUE), assure : «Dans les grands pays, on atteint des limites en termes de disponibilitĂ© de terres arables et dâeau, et de rĂ©duction de la fertilitĂ© des sols.» Mais il resterait une marge pour les petits paysans : «Si on fournit de bons engrais Ă 70 % de petites cultures, on peut doper la production de 20 %», note Gilles Hirzel, de la FAO. A tous ces maux il faut rajouter la question des OGM !
Les raisons de la crise économique actuelles sont les suivantes:
1 — Le choix du capitalisme de se diriger vers les biocarburants
La flambĂ©e du cours du pĂ©trole a prĂ©cipitĂ© la ruĂ©e vers lâor vert. LâUnion europĂ©enne veut incorporer 10% de biocarburants dans la consommation totale dâessence et de gazole dâici Ă 2020. George Bush, lui, rĂȘve de voir 15% des voitures rouler aux biocarburants dâici Ă 2017. MĂȘme les pays en dĂ©ficit alimentaire, comme lâIndonĂ©sie ou le SĂ©nĂ©gal sây mettent, sacrifiant des terres arables. Un emballement qui «a accru la demande de produits alimentaires», dit Bob Zoellick, prĂ©sident la Banque mondiale. «Entre 20 et 50% de la production mondiale de maĂŻs ou de colza ont ainsi Ă©tĂ© dĂ©tournĂ©s de leur usage initial», note le FMI. Et le cours du maĂŻs, utilisĂ© pour lâĂ©thanol, a doublĂ© en deux ans. «Si lâon veut substituer 5 % de biocarburants Ă lâessence et au gazole, il faudra y consacrer 15 % de la superficie des terres cultivables europĂ©ennes», calcule lâAgence internationale de lâĂ©nergie.
2 — Une immonde orgie de spĂ©culation
Un Ă©conomiste « distinguĂ© » disait derniĂšrement Ă Washington: «Câest de la folie! Le blĂ© vaut de lâor!» VoilĂ un autre rĂ©sultat de la crise financiĂšre. Maintenant que les marchĂ©s des valeurs industrielles et monĂ©taires sâeffondrent, les fonds dâinvestissement placent leurs billes sur les matiĂšres alimentaires. Soja, blĂ©, maĂŻs. Ce sont les nouvelles valeurs refuge ! Le riz bondit de 31% le 27 mars, aprĂšs lâannonce par quatre pays de la suspension de leurs exportations au moment oĂč les Philippines rĂ©clamaient 500 000 tonnes. «Les fonds sâengouffrent, achĂštent, et stockent», dit un intermĂ©diaire. Le sĂ©nateur dĂ©mocrate amĂ©ricain Byron Dorgan flingue «lâorgie de spĂ©culation» qui booste jusquâĂ 10% le prix des denrĂ©es alimentaires.
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3 — Le marchĂ© noir local sordide des petits spĂ©culateurs locaux
Le Courrier international (n° 910) du 10 avril cite des cas de trafic de farine en Egypte alors que la population manque de tout.
Oum Ali est allée à la boulangerie acheter du pain et elle a vu le boulanger mettre un sac de farine dans le coffre de sa voiture sous les yeux de ses clients qui faisaient la queue.
VoilĂ ce Ă quoi pousse le chacun pour soi capitaliste. Ces petits faits sordides viennent encore plus rappelĂ© au prolĂ©tariat quâelle est sa tĂąche. Faire cesser ce monde de pĂ©nurie organisĂ©e par les possĂ©dants.
4 — Les effets de la soi-disant libĂ©ralisation des droits de douane, etc.
«On nous impose, nous, poids plume, de boxer contre les poids lourds sur le ring commercial», pestait, il y a six mois, Jacques-Edouard Alexis, Premier ministre haĂŻtien. «Les politiques de libĂ©ralisation Ă marche forcĂ©e, prĂŽnĂ©es pendant des dĂ©cennies par le FMI et la Banque mondiale, ont contribuĂ© Ă rendre les pays pauvres encore plus vulnĂ©rables», dĂ©nonce SĂ©bastien Fourmy, dâOxfam. Et les petits fermiers du Sud se sont vus laminer par les produits subventionnĂ©s exportĂ©s par les pays riches (poulet, cĂ©rĂ©ales, etc.). «Victimes aussi de leur propres gouvernements qui nâont pas dĂ©diĂ© (ou pas pu) une part de leur budget Ă la paysannerie», ajoute un expert de la FAO.
VoilĂ ce que cache les politiques libĂ©rales imposĂ©es par les grandes nations. La bourgeoise nous prĂ©sente avec brio tout cela comme une libĂ©ration du commerce pour une plus juste circulation des richesses en vue du bonheur de tous. En rĂ©alitĂ©, il sâagit dâune machine de guerre des plus gros impĂ©rialistes pour imposer leurs productions. Jamais les pays en dĂ©veloppement ne pourront rivaliser avec lâagriculture industrielle des pays capitalistes dĂ©veloppĂ©s. Câest leur ruine assurĂ©e.
Câest par exemple le cas des OGM de Monsanto. Si les marchĂ©s sont ouverts aux produits Monsanto, ils vont envahir le monde. Demain les petits producteurs dâAfrique ou dâailleurs ne pourront plus cultiver leur nourriture sans acheter les plans des plantes vivriĂšres Ă cet Ă©norme trust; ce qui veut dire leur disparition et la famine. Ils nâauront pas les moyens dâacheter des OGM pour cultiver leurs maigres lopins de terre. Criminels !
Nous nâavons rien Ă rajouter de plus Ă lâhorreur. Le capitalisme et ses lois sont vraiment les pires entraves au dĂ©veloppement et au bien ĂȘtre de lâhumanitĂ©. Combien de morts devrons nous subir encore avant que ce systĂšme abject ne disparaisse de la face du monde ? Combien de « livres noirs » devraient Ă©crire nos bons experts et bons bourgeois pour rendre compte du massacre, de la misĂšre et des crimes du capitalisme ?
AurélienNotes Internationalistes - 9
2008-05-01 - Nouvelle série #9 - Mai 2008
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- Contre lâassaut du capital, lutte de classe internationale


